Article sur les Guérin

 

L’Amitié Guérinienne n° 35 – Numéro unique 1946
Un autre auteur parle de Maurice de Guérin.

Après les articles que nous avons reproduits concernant Jean Jaurès et ensuite Jules Vallès, voici ce qu'on pouvait lire à la rubrique Les Guérin et les lettres modernes.Ce passage est consacré à Henri Bosco et publie notamment le courrier que cet auteur a adressé à l’Amitié Gérinienne.

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Parmi les œuvres littéraires récentes, un guérinien se doit de s'attacher à disséquer le beau roman de M. Henri Bosco : Le Mas Théotime (Paris, Charlot) qu'on vient de réimprimer.
L’auteur a bien voulu nous dire lui-même, dans une lettre datée du 18 décembre 1945, combien est importante sa dette à l’égard de Maurice.
Il y a trois mois vous m'avez écrit ; et je réponds à peine. Il ne faut voir dans ce retard aucune indifférence, mais le fait des voyages et d'une dispersion qui résulte de cent obligations dont je me dégage avec peine. Pourtant combien votre lettre m'a ému ! Je l'ai reçue dans cet admirable pays de Provence - Lourmarin, le Luberon - où est né le Mas Théotime, et qui est ma patrie d'adoption. Je suis né, moi, non loin de là, dans le Comtat Venaissin; mais, je dois tout à cette terre luberinienne, aussi belle que la plus belle Grèce, et où tant de souvenirs anciens, par les vieux villages, les châteaux, les monastères, les chapelles, rappellent les travaux, les peines, les luttes, les joies des hommes. Terre vraiment guérinienne, elle aussi, où le guérinien que je suis trouve son inspiration la plus forte. Car vous avez vu juste et je dois tant au grand Maurice ! Quand - assez tard, vers la trentaine - j'ai lu pour la première fois le Centaure, j'en ai été bouleversé. J'ai reconnu un de mes maîtres.
   Depuis lors, c'est avec une fidélité de plus en plus passionnée et des profits toujours plus grands que je suis revenu à cette œuvre brève, mais, à mon sens, unique. J'ai chez moi - il me semble - tout Guérin. Je le lis souvent à voix haute et, la nuit, je reviens souvent, quand je veille, à son Journal. La Méditation sur la Mort de Marie me trouble toujours. Quel dépôt magique que cette œuvre !
   Il faut reconnaître ses dettes, et je dois beaucoup à Maurice. Aussi, rien ne pouvait m'émouvoir davantage que ce signe lancé vers moi par vous, de ce Cayla où j'aimerais aller, un jour... Savez-vous que fictivement - par guérinisme - j'ai peuplé ma Luberon de Centaures ? Nous y avons même notre « Fontaine du Centaure »...
   Je suis en ce moment dans le sud marocain. Mais, rentré chez moi, je vous recopierai quelques vers où il s'agit de cette Fontaine. Écrivez-moi. Tout ce qui vient du Cayla m'est sacré.
Ab imo corde.                                                                                                                                                                                                           Henri Bosco.

P.S. 1) Par sa grand'mère maternelle, ma femme, gasconne est une Fontenilles. Cela aussi guérinise.
2) Vous retrouverez l'accent et la pensée guérinienne dans mon Jardin d'Hyacinthe.

Le Mas Théotime est guérinien d'inspiration. 
   Toute l'œuvre roule sur une sorte de correspondance mystique avec la nature. Les héros du livre sont des exaltés ou des sages suivant qu'ils maîtrisent les forces de la nature ou qu'ils cèdent à leurs sortilèges. Or, la sagesse est, au-delà de l'exaltation, de se soumettre aux bienfaits de «l'amplitude, car l’amplitude compense l'élan et équilibre l'âme » comme le délire du Centaure se résout dans la quiétude de la Bacchante.
   Les thèmes essentiels de l'œuvre guérinienne et de l’Amaïdée de Barbey &Aurevilly y sont repris dans une orchestration continue et sous des rythmes qu'on croirait démarques du Cahier vert de Maurice de Guérin.
   « Théotime », c'est-à-dire : « Tu m'honoreras comme un Dieu », et Guérin n'était-il pas « Somegod ! »
   Et voici comment se traduisent dans la bouche du héros du « Mas Théotime » les grands thèmes guériniens de la possession de la Nature et de l'identification de l'âme avec les éléments.
   J'aurais voulu m'enraciner, faire corps avec les sarments, (p. 100).
  En dix ans de coexistence avec le Mas, nous nous sommes mêlés tellement l'un à l'autre que je me demande si tout cela n'est pas le toit familier de ma vie secrète (p. 110).

Elle s'abandonnait au plaisir de sentir sa jeunesse et sa force en communion avec les eaux, le sol herbeux et le grand feuillage des arbres (p. 340).
Je tiens à ces variations du ciel, des eaux et de la terre par des liens mystérieux. Les mouvements qui les transforment me transforment aussi. Au ralentissement de mon sang alourdi par les fatigues de l'été, je pense que déjà s'accorde une langueur dans la sève des bois encore chauds (p. 318).
Et puis, le thème guérinien de la volupté dans la terreur :
Les bois aiment l'orage, mais alors leur séjour est dangereux. Dans les masses d'air chaud qui pénètrent sous les arbres, le fluide s'accumule. À peine est-on entré dans le sous-bois, qu'on est saisi et une étrange exaltation des cellules vivantes irrite les nerfs... L'âme jouit d'une volupté trouble et se gonfle d'un désir brûlant mais sans objet. Le jugement faiblit, cependant que, sous la clarté d'une phosphorescence intérieure, de vagues images se pressent comme des nuées et traversent l'âme, où elles soulèvent les premiers tourbillons de la tempête (p. 267).
Comme Maurice de Guérin étreignant le frêle lilas dans le petit jardin de la rue d'Anjou-Saint-Honoré, Geneviève Metidieu, l’exaltée du Mas Théotime, « appuie dans son enclos, son oreille contre le tronc de l’arbre; puis elle parlait. Ses paroles étaient douces et elle les chantait » (p. 13).
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La lettre du mois – n° 24 – Décembre 2015

« Que d’événements ont passé sur la scène de ce monde depuis que j’ai quitté le Cayla ! »

De retour à Paris après les événements de juillet 1830, Maurice donne à sa sœur les dernières nouvelles de la capitale.

                                                                                                                                                     Mademoiselle Eugénie de Guérin

                                                                                                                                                                          Au Cayla par Gaillac (Tarn)

                                                                                                                                 Paris, [vendredi] 10 décembre 1830. 1

   Je pense, ma chère Eugénie, que tu es de retour d’Alby et que tu vas m’écrire, si tu ne l’as déjà fait ; pour moi, je prends l’initiative et je commence une lettre qui rivalisera, je crois, de longueur avec les tiennes. Que d’événements ont passé sur la scène de ce monde depuis que j’ai quitté le Cayla !2 C’est que nous allons vite, nous allons vite ! Avant-hier j’apprends la mort du pape 3, hier celle de Benjamin Constant, et aujourd’hui la translation des ministres au Luxembourg et la révolution de Pologne ; mais je ne veux pas commencer par faire de la politique, autrement je t’enverrais un journal. Laissons donc là un moment les affaires de l’État pour nous entretenir des nôtres.

   Que je te parle de quelques visites que je fis en arrivant à Paris. Tu dois savoir que j’étais chargé d’un petit paquet de Mme Lacombe pour remettre à Mme de Lamarlière 4 ; je redoutais beaucoup cette visite : moi timide et gauche, devant une grande comtesse à étiquette, à grandes paroles, ou une vieille toute ridée, toute rechignée, toussant, crachant : que sais-je moi ? Je ne connaissais pas le personnage, et tout ce qu’on dit des vieilles comtesses me revenait à la pensée. Je me résolus cependant à m’acquiatter de la commission. J’entre : une dame en coiffe et jupon noir, portant l’empreinte des années, mais vive et leste, vient au-devant de moi. Je dis mon nom, mon pays, la conversation s’engage, et des paroles, des paroles : c’est incroyable ! des souvenirs de la cour de Louis XVI, du bon vieux temps ! Cette bonne dame est toute entière dans le passé comme tous les vieillards ; nous, jeunes, nous vivons dans l’avenir, mais quel avenir ? Quoi qu’il en soit et après avoir dûment jasé et caqueté, elle me demanda mon adresse et me pria d’aller la voir quelquefois.

Quelques jours après, j’allai voir M. d’Aragon avec Auguste. Nous parlâmes politique ; M. d’Aragon est un de ces hommes de l’ancienne opposition qui auraient voulu que la Révolution s’arrêtât là où ils lui auraient dit de s’arrêter, et qui, se voyant maintenant débordés de toute part, se mordent les pouces, comme on dit. Il nous apprit que beaucoup de personnes de sa connaissance regrettaient le duc de Bordeaux 5, et jusqu’à l’abbé de Pradt lui-même 6. L’expulsion de cet enfant a été en effet la plus grande faute que pussent commettre les libéraux; s’ils l’avaient conservé, maîtres du pouvoir ils auraient imposé toutes leurs volontés au parti vaincu, au nom de la légitimité. Mais ils ont voulu faire table rase : la charte, qu’ils auraient dû laisser intacte, parce que l’épreuve d’une révolution l’aurait singulièrement fortifiée, ils la mutilent, la défigurent; enfin, après quarante ans de révolution, ils nous ramènent à 89, c’est-à-dire que tout est à recommencer, parce que tout est remis en doute. […]

                                                                                                                                                                             Maurice

1 – Ce passage est extrait de la lettre de Maurice de Guérin à sa sœur Eugénie, publiée intégralement dans le n° 94 de L’Amitié Guérinienne – Avril-juin 1968. Elle est également publiée dans Œuvres complètes, Maurice de Guérin, Classiques Garnier, Édition Marie-Catherine Huet-Brichard, 2012, page 542.
2 – « J’ai quitté le Cayla » : arrivé vers le 20 août, il en repartit aux premiers jours de novembre.
3 – « La mort du pape » : Pie VIII régna en 1829-1830; à Paris, on apprit sa mort le 8 décembre 1830.
4 – Mme de Lamarlière, mère de Mme d’Huteau, de Gaillac. (Barthés, Lettres d’Eugénie à Maurice de Guérin, p. 40).
5 – Le duc de Bordeaux, comte de Chambord, plus tard Henri V pour les légitimistes, né en 1820, peu après l’assassinat de son père le duc de Berry par Louvel, mourut en 1883 à Frohsdorf sans avoir régné.
6 – L’abbé de Pradt fut aumônier de Napoléon 1er, évêque de Poitiers, arch de Malines, sous le premier Empire et Louis XVIII ; contraint à démissionner, il se retira chez lui en Auvergne, où il composa plusieurs brochures de tendance libérale.

 

 

Marie de Guérin

MARIE

MARIE DE GUÉRIN

 

 

C’est l’article de Geneviève Duhamelet, MARIE DE GUÉRIN LA MARTHE DU CAYLA 1, publié dans le n° 123 de l’Amitié Guérinienne – Avril-juin 1976, à l’occasion du centenaire de la mort de Marie de Guérin († 24 juillet 1876) qui a servi de base à la rédaction de cet article.

 

 

 

Joseph de Guérin eut quatre enfants : L’aîné, Érembert, dit Éran, est un bon garçon, totalement dépourvu d’ambition. Il aime chasser, courir les bois, se distraire. Excellent chasseur, bon vivant, bon danseur, il est le roi des fêtes villageoises. Son père n’a pour lui que l’espérance d’un beau mariage.

Eugénie et Maurice ont reçu de la nature les dons intellectuels de leur lignée Maurice sera d’Église, décide son père.

Et Marie (dite Mimi ou Mimin) ? Née le 30 août 1806. Elle est à ce point effacée qu’il faut bien des efforts pour dégager une personnalité chez cette cadette.

Dans un de ses romans, René Bazin fait en quelques mots le portrait de son héroïne : « Fille de l’oubli de soi ». C’est l’épithète qui convient à Marie. Tandis qu’Eugénie s’adonne à la lecture, à l’écriture, à la correspondance et qu’elle s’échappe de temps à autre du Cayla pour « faire sa gentille » à Gaillac, à Rayssac, à Toulouse, et même (ou moment du mariage de son frère), dans la capitale, Marie, comme le petit grillon, ne quitte pas, ou si peu 2, la vieille demeure.

Mgr Barthés le dit expressément : « Tandis que Marie est le dévouement personnifié, la grâce de l’esprit et toute la poésie du Cayla, sont concentrées sur sa sœur Eugénie. Naturellement, la réputation de la jeune fille (je parle de Marie) est vite établie : elle s’ennuie dans le monde ! Cette soi-disant répugnance n’est-elle pas un excellent prétexte pour voiler son renoncement ? C’est elle donc qui se charge, aidée par une servante, des travaux domestiques. Bien sûr, elle est plus robuste que sa sœur. Eugénie s’en va un jour « laver sa robe au ruisseau ». Elle le dit dans son Journal, et c’est bucolique à souhait… Marie se charge des lessives, de la soupe des moissonneurs….

Les deux sœurs s’aiment tendrement, elles partagent le même lit : ce sont, le soir, de longs bavardages sur l’oreiller, et quand elles sont séparées, un échange de lettres pleines de détails, de nouvelles des uns et des autres et de descriptions de toilettes. Eugénie raconte ses exploits mondains… et Marie lui répond : « Cela ne te semble-t-il pas un peu étrange, du Cayla, se trouver d’un seul bond au milieu des fêtes bruyantes du grand monde ? Mais il paraît que tu t’y fais très aisément. Seulement l’idée que je suis loin de ces fêtes te gâte le plaisir que tu y trouves. Eh bien, mon amie, que cette pensée ne t’attriste pas le moins du monde : tu t’amuses et je ne m’ennuie pas. C’est tout ce qu’on peut désirer ici ».

Sans doute Eugénie éprouve quelque remords d’avoir « choisi la meilleure part ». Elle confie à son Journal : «… Je trouve perdu le temps que je mets à écrire. Nous devons compte à Dieu de nos minutes, et n’est-ce pas mal les employer que de tracer ici des jours qui s’en vont »… aimables remords que n’agrémente pas le ferme propos, rassurons-nous.

Pendant ce temps, Mimin veille au bon ordre de la maison et, dans le village, va visiter et soigner les malades, assister les mourants. Eugénie qui admire sa sœur autant qu’elle l’aime écrira un jour : « Que je voudrais mourir près d’elle. Marie est une de ces âmes rares, de ces trésors de Dieu que le monde ignore. Je lui connais mille vertus : douceur, patience, piété extrême, charité, surtout charité. Elle donne, elle instruit, c’est une perfection que j’admire  ».

Lors du mariage de Maurice qui se fait à Paris le 25 novembre 1838, Eugénie et Éran représentent la famille. Marie, naturellement, demeure au Cayla, pour veiller sur leur père.

Peu après son mariage, Maurice est malade, très malade. Il veut retourner au Cayla. Sa sœur rejoindra à Tours le jeune ménage, à la mi-juin. On sait ce que furent les derniers jours de Maurice. Quand il est entré en chancelant dans le salon, il a réclamé sa sœur Marie : « Où est Mimin ? » En recevant le triste cortège, Marie s’est sauvée dans la cuisine pour pleurer plus à son aise.

Après la mort de Maurice, la vie reprend tant bien que mal chez les Guérin ; Érembert enfin se marie. Anaïs, sa jeune femme, simple et douce, s’intègre sans heurts à la vie du Cayla. En elle repose l’espérance de la lignée. Mais, sur les cinq enfants qui naîtront, une seule fille survivra, Marie-Caroline.

De son côté, Eugénie s’affaiblit de jour en jour. Après une cure à Cauterets, les siens constatent que son état ne s’est pas amélioré. Un crachement de sang confirme leurs craintes. C’est bien le mal de Maurice qui va emporter Eugénie. Joseph de Guérin est de plus en plus tourmenté par son asthme (?) et ne peut plus dormir que dans un fauteuil. Marie le veille. Elle se prodigue auprès des malades et des enfants. Chaque jour elle fait à sa sœur une lecture pieuse. Dans cette famille où l’on s’aime tant, le plus admirable est cette sérénité, ces visages qui se forcent à sourire, cet héroïsme à dissimuler la certitude évidente, cette pudeur de la souffrance.

La mort d’Eugénie survient le 31 mai 1848. Son père consumé de chagrin la suivra avant la fin de l’année.

Que fera Marie ? Elle pense que sa place est toujours au Cayla : « Je reste cependant pour aider notre seul et unique frère ». Et ce frère, lui aussi, est bien malade, il doit s’arrêter de travailler. L’exploitation est confiée au fidèle domestique Jeanet. Éran lui-même est rappelé à Dieu le 16 décembre 1850, juste deux ans après le vieux Guérin.

Il ne reste plus au château, auprès d’une enfant de six ans, qu’une veuve éplorée et une sœur douloureuse. Le devoir de Marie est désormais tout tracé : rester auprès de sa belle-sœur et l’aider à élever sa petite-fille. Elle continue sa tâche de Marthe dans la maison singulièrement vide.

Et voici qu’un jour de juillet 1855, six ans après la mort de Maurice, le facteur apporte à Marie, une extraordinaire, une incroyable nouvelle. C’est une lettre timbrée de Caen et signée d’un nom inconnu d’elle, Trebutien.

La suite en construction.

1 – Référence à l’Évangile de Luc (10:38-41) selon lequel, Jésus entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison.  Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole alors que Marthe, s’occupait aux divers soins domestiques.
2 – L’un des rares voyages de Marie, sans doute le plus long : en 1827, en compagnie d’Eugénie elle séjourne à Albi, pendant un mois, chez Victor Mathieu qui leur fait visiter Albi, la cathédrale Sainte-Cécile, l’usine de Saint-Juéry qui les impressionne fort,…

Gertrude FONTANILLES, épouse de Joseph de Guérin

Jeanne-Victoire-Gertrude Fontanilles 1

   Née le 18 mars 1776, elle est le troisième enfant d’une famille qui devait en comprendre quatre. Son arrière-grand-père avait exercé les fonc­tions d’avocat au Parlement de Toulouse. Son père, .lean-Antoine, qu’elle avait à peine connu puisqu’il était mort trois ans après sa naissance, paraît dans les actes officiels sous la dénomination de «bour­geois de Campagnac». Gertrude Fontanilles n’appartenait donc pas à une famille illustre; ses ancêtres étaient seulement honorables.
Elle épouse Joseph de Guérin le 1er février 1802. Elle ne possédait qu’une modeste aisance et ne pouvait apporter en dot que 20.000 francs. Mais Joseph de Guérin avait l’âme assez haute pour ne pas considérer avant tout, dans celle qu’il choisissait pour compagne, la fortune ou la naissance. « La personne avant la dot », telle était une de ses maximes.
Ils eurent quatre enfants : Érembert, Eugénie, Marie et Maurice.
Gertrude Fontanilles s’est montrée la digne compagne de son mari, affectueuse et tendre, courageuse devant les difficultés de l’existence, aimant le travail, ne reculant pas devant les besognes rudes et sans éclat. Dans les moments pénibles, elle le soutint de toute sa force morale.
À ses enfants, elle témoigna beaucoup d’amour, de bonté et de dévouement, leur inculquant par ses conseils et son exemple les solides leçons chrétiennes, car  son âme était profondément religieuse. Sa formation intellectuelle fut suffisante pour lui permettre de mener à bien l’éducation de ses filles et de commencer celle de ses fils.
Le travail et les tâches dont elle s’était chargée eurent raison de sa santé.  Celle-ci s’aggrava à l’automne 1818. Pour la guérir, tout le possible fut tenté. Elle fut transportée à Gaillac où les Guérin avaient un pied-à-terre. Malgré l’affection des siens et des soins qu’elle reçut, elle décédait le vendredi 2 avril 1818, à l’âge de 42 ans.
Quelques jours auparavant, elle avait songé à son plus jeune enfant, Maurice, qui n’avait pas encore  neuf ans, et avait fait promettre à Eugénie déjà grandette de veiller sur lui et de devenir pour son frère une seconde mère.

1 – Cette note est, en grande partie, la copie du texte de l’ouvrage d’Émile Barthés ; Eugénie de Guérin – Avant la mort de son frère,  Paris, Librairie Lecoffre, 1929.

Articles récents

À partir du 15 de chaque mois, de nouveaux articles sont mis en ligne.
S’ils ne constituent pas un article de fond ou sauf intérêt particulier, ils ne demeurent en ligne qu’un mois.
Cette page est mise à jour au fur et à mesure de la parution ou de la modification d’articles. Consultez-la fréquemment.

Décembre 2015

Joseph_de_G_BusteLes Guérin du Cayla

Cette page a été modifiée. Elle affiche les 6 personnages principaux du Cayla.   Afficher la page
En novembre nous avons mis en ligne la notice biographique de Joseph de Guérin.
En décembre, une nouvelle notice biographique est mise en ligne concernant Marie de Guérin, la sœur oubliée du Cayla.
   Afficher la notice de Marie de Guérin

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Nous proposons les deux livres d’Émile Barthés consacrés à Eugénie de Guérin.
En réalité, ces deux ouvrages sont une véritable saga de la famille de Joseph de Guérin, depuis son installation au Cayla, jusqu’à la publication des œuvres de Maurice et d’Eugénie.
Deux livres indispensables pour bien connaître la vie, la personnalité des deux auteurs ainsi que les ami(e)s qui les ont entourés.

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La lettrlettre_du_mois[1]e n° 24 – Décembre 2015 :         Lire cette lettre

« Que d’événements ont passé sur la scène de ce monde depuis que j’ai quitté le Cayla ! »

De retour à Paris après les événements de juillet 1830, Maurice donne à sa sœur les dernières nouvelles de la capitale.

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Un autre auteur parle de Maurice de Guérin.

Après les articles que nous avons reproduits concernant Jean Jaurès et ensuite Jules Vallès, voici ce qu’on pouvait lire à la rubrique Les Guérin et les lettres modernes. Ce passage consacré à Henri Bosco publie notamment le courrier que cet auteur a adressé à l’Amitié Gérinienne.

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Maurice de Guérin                                                      Lire cet article

Au mois d’octobre 2015, nous avons mis en ligne des extraits du chapitre I de l’excellent article de E. Decahors, publié dans le n° 51 – Avril-septembre 1954.
En novembre, nous avons proposé de nouveaux extraits, tirés du chapitre II, présentant Maurice à Paris, avant les événements de juillet 1830 jusqu’à son «rappel» au Cayla en août de la même année.
Au mois de décembre, nous publions des extraits de la fin de ce deuxième chapitre.
Ainsi, seront provisoirement bouclées, les publications consacrées à cette année 1830, «L’année de la tourmente», que nous avions choisie comme thème de cette année 2015.
MAURICE DE GUÉRIN ET LAMENNAIS

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PORTRAIT_Eugenie

Eugénie de Guérin                                                     Lire cet article

En novembre, nous avons publié le début de l’intervention Monsieur Jean Lafont, au cours de la journée guérinienne du 19 juillet 1943.
En décembre, nous le complétons par des extraits de la suite de cette longue étude.
EUGÉNIE DE GUÉRIN ÉDUCATRICE

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Arbre_AutomneFlorilèges guériniens                                                 Lire cet article

Nous publions chaque mois un morceau choisi parmi les œuvres de Maurice et celles d’Eugénie.

Maurice :  Le 21. – Depuis quelques jours le temps est au pire.[…], Le Cahier vert

Eugénie : Le 29 [mai 1837]. – Depuis deux jours je ne t’ai rien dit, cher Maurice[…], Journal

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La lettre du mois – n° 23 – Novembre 2015

« C’est une triste chose que le moment où l’on monte en voiture . »

      Maurice avait « passé dedans tout le temps mauvais », celui des journées révolutionnaires de fin juillet ; mais son père l’ayant rappelé, il quitta Paris et fut au Cayla vers le 20 août. Il en repartit le 8 novembre.. Maurice raconte ici brièvement ce long voyage de retour.
    Il  fait part ensuite de son installation chez son oncle et de son intention de se lancer dans le journalisme.

Monsieur de Guérin au Cayla par Gaillac Tarn  1                      

Paris, [lundi,] 15 9bre [1830]

    Je veux vous faire voir, mon cher papa, que je sais quelquefois tenir mes promesses 2 et que ma plume n’est pas aussi paresseuse que par le passé ; depuis dix ans 3 que je suis séparé de vous nous sommes en guerre ouverte à ce sujet ; il est temps de mettre bas les armes et de se soumettre, car, il faut en convenir, le tort était de mon côté. Soit dit pour l’avenir, et faisons en sorte de ne pas nous envoyer des reproches de si loin. Érembert a dû vous raconter ou vous racontera notre voyage jusqu’à Toulouse, ce que nous y avons fait, dit, pensé ; moi, je prends de là ma narration.

    C’est une triste chose que le moment où l’on monte en voiture ; ce dernier serrement de main, ce dernier regard qu’on se jette tandis que les chevaux vous emportent, vont bien avant dans l’âme ! Mais c’est fait, on roule, on roule, il faut dévorer ses regrets. Alors pour se donner quelque distraction, on examine les inconnus que le hasard vous donne pour compagnons de voyage, on cherche à lire dans leurs yeux, dans leur maintien, dans une parole qui leur échappe, quelques traces de leur caractère : on aime à deviner leur condition, leurs bonnes ou mauvaises qualités. Cet examen dure quelques heures qui se passent dans un profond silence. Enfin on hasarde un mot, une question ; là-dessus la conversation s’engage et l’on apprend par là à connaître mieux son monde, à placer son affection ; oui, je dis affection, car il en faut à l’homme : celle-là ne dure que huit jours ; et celles de la vie, combien durent-elles ? Me voilà donc dans la rotonde 4, enfoncé dans mon coin et faisant toutes ces observations ; voici les personnages que le bizarre destin s’était plu à mettre nez-à-nez. A côté de moi j’avais un commis-voyageur, et à coté de cet individu se trouvait un élève de l’école Polytechnique. Vis-à-vis ces deux Messieurs étaient deux Frères de la Doctrine Chrétienne, la tête baissée, disant leur chapelet ; et enfin j’avais devant moi… (oh ! comme le sort m’avait bien partagé !) une vieille bonne femme sèche, ridée, chassieuse, ouvrant deux grands yeux enchâssés dans deux bandes rouges qui leur servaient de paupières. Jugez si j’aimais à regarder devant moi ! j’avais toujours les yeux dehors ou par côté.[…]

    […] À Limoges nous avons couché quelques heures ; cette halte repose beaucoup. Enfin après avoir roulé pendant cinq jours et par monts et par vaux, nous sommes entrés dans Paris à minuit, dans la nuit du samedi au dimanche. J’ai couché dans un hôtel et à mon réveil j’ai couru pour aller embrasser Auguste. Et maintenant me voici installé dans ma nouvelle demeure 5 regrettant le passé, (je ne dis rien du présent) et espérant dans l’avenir. Ainsi sont faits les hommes. Maintenant la grande question : as-tu des répétitions ? Eh bien, franchement non, je n’en ai pas encore ; mais ce n’est plus là-dessus que je veux fonder quelque espoir ; s’il en vient j’en prendrai, mais en attendant j’userai d’une autre industrie. Je vais faire à force des articles de journal, et ce travail sera, je crois, pour moi, plus agréable, plus utile et plus lucratif. L’argent que vous m’avez donné sert à liquider mes dettes, l’inépuisable bonté d’Auguste me fera des avances pour le reste, comme par le passé. Je mange chez lui à 50 fr par mois, c’est un essai que nous ferons pendant un mois. S’il perdait à ce compte (parce que j’y déjeune aussi) je chercherais ailleurs.[…]

                                                                                                                                                                                                                      Maurice

1 – Ces passages sont extraits de la lettre de Maurice de Guérin à son père, publiée intégralement dans le n° 85 de L’Amitié Guérinienne – Avril-juin 1965. Elle est également publiée dans Œuvres complètes, Maurice de Guérin, Classiques Garnier, Édition Marie-Catherine Huet-Brichard, 2012, page 539.
2 – Il avait promis d’écrire au Cayla dès son arrivée à Paris, sans lambinerie.
3 – Il y a huit ans qu’il était entré à l’Esquile de Toulouse, la veille de la fête des Rois, le 5 janvier 1822, à l’âge de douze ans.
4 – Maurice voyageait alors dans cette partie arrière de la diligence, la moins appréciée des voyageurs.
5 – Maurice a quitté ses « petites pénates » de la rue Sainte-Croix d’Antin n° 11 et s’est installé chez Auguste Raynaud, rue Joubert n° 9, deux rues voisines : regretterait-il ses pénates bien à lui ?

 

 

La lettre du mois – n° 22 – Octobre 2015

« Vous me demandez ce que je fais. »

    Les deux amies sont séparées, la famille de Bayne s’étant réfugiée à Rayssac à la suite de la révolution de juillet. Eugénie, ne connaît pas encore les monts de Rayssac, elle n’ira  qu’en 1831 pour voir son amie. Louise avait fait de ce village tarnais un tableau bien gris. Eugénie ironise quelque peu à ce propos dans son courrier. 1

                                                                                                                                                    Mademoiselle Louise de Bayne, à Rayssac                                                                                                                                                                                                                   10 octobre1830

    Vous appelez mon silence un sommeil ; mais c’est bien plutôt vous qui dormez, ma chère amie, quand vous pensez que je vous ai oubliée. Quelle mauvaise pensée ! C’est un gros péché mortel que d’accuser ainsi d’indifférence une amie qui vous aime de tout son cœur. C’est bien assez pour moi de vous savoir à cent lieues d’ici, faut-il encore recevoir de vos grondades? Méchante, trois fois méchante ! Suis-je la cause si mes lettres mettent six mois en route? Qui sait même si vous en avez reçu aucune ? […]

[…] Vous me demandez ce que je fais. Ce que je fais ne vaut pas la peine d’être dit. Vous savez aussi bien que moi ce que l’on fait à la campagne. On se lève, on prie Dieu, on déjeune, on travaille, on se promène. Vit-on jamais un temps plus beau que celui que nous avons depuis quinze jours ? L’air en est doux, suave comme celui du printemps. Aussi le respire-t-on à plein gosier tandis qu’on ne prend tout juste chez vous que celui qu’il faut pour vivre. Que faire de vos brumes et de vos brouillards ? Aussi je pense que vous ne respirez que du côté de Gaillac. Vous allez croire que j’en veux à votre Rayssac ; pas du tout, ma chère, prenez-vous-en à vous-même qui m’en avez fait le tableau. Des montagnes, des brouillards, des habitants noirs comme des corbeaux, franchement pour si gentil oiseau c’est bien vilaine cage. Mais, vilaine ou non, je l’aime puisque vous y êtes et je n’en dirai pas de mal. Ce M. Charles d’Aragon est bien méchant de vous chercher querelle là-dessus ; vous avez défendu votre pays : c’est fort bien. Vos montagnes et vos noires forêts doivent se réjouir : montes exultaverunt ut arietes et colles sicut ovium3.Vous entendez bien cette latinade que je me rappelle aujourd’hui parce qu’il est dimanche.

Je viens d’une messe où j’ai eu envie de rire mille fois. Le curé, qui ne se lassait pas de prêcher, mais qui lassait peut-être son auditoire, s’interrompait de temps en temps en s’écriant : Né bési un qué bado, né bési uno qué dort4. Ce n’était pas moi, car j’entendais trop bien le prédicateur pour pouvoir dormir.

À propos de prédicateur, je suis bien aise de savoir nos missionnaires où ils sont. Que de réflexions doit faire M. Guyon sur cette pauvre France, sur ces croix qu’il éleva hier et qu’aujourd’hui le diable renverse 5 ! Mon Dieu, que d’horreurs, que d’abominations ! Qui les pardonnera ? Celui qu’on offense. Mais il faut bien que ce soit le bon Dieu pour nous pardonner.

                                                                                                                                                                                 Eugénie.

1 – Ces passages sont extraits de la longue lettre d’Eugénie de Guérin à Louise de Bayne, publiée dans la  Correspondance Eugénie de Guérin Louise de Bayne - Tome 1 – Pages 90 à 93.
2 – « Gronderies, réprimandes ». Le mot, emprunté au languedocien, est courant sous la plume d’Eugénie de Guérin.
3 – Psaume CXIII, 4 : « Les montagnes bondissent comme des béliers, les collines comme des agneaux ».
4 – « J’en vois un qui baille, j’en vois un qui dort. »
5 – La révolution de 1830 amena, un peu partout en France, des destructions de croix et des profanations d’Églises. 
La plantation d’une croix avait été faite à Gaillac à l’occasion de la mission prêchée en 1829 par les Pères Jésuites Guyon et Petit. Malgré plusieurs tentatives d’enlèvement, elle a été sauvée de la destruction après la révolution de 1830. Elle a ensuite été installée en 1859 à l’endroit actuel, place de Foirail, maintenant place Jean Moulin.
Pour en savoir plus consulter l’ouvrage d’Alain Soriano, Traditions chrétiennes à Gaillac.

 

 

La lettre du mois – n° 21 – Septembre 2015

           

« Le présent est gros de sottises. »

 À la suite de la  révolution de juillet 1830 M.de Bayne, préfet de Gaillac est révoqué et la famille s’est retirée dans sa propriété de Rayssac dans les montagnes de l’est du Tarn. Eugénie, rassurée sur le sort de Maurice demeuré à Paris, fait part Louise de son inquiétude à la suite des événements récents 1

 

                                                                                                                                                 Mademoiselle Louise de Bayne, à Rayssac

                                                                                                                                                                         11 7bre 1830

    […] Qui sait tout ce que nous allons voir ? Le présent est gros de sottises. Que sera l’avenir ? Mais, comme les anciens chevaliers, fais ce que dois, advienne que pourra. Aimons toujours cette famille qui nous aime tant, aimons toujours notre véritable Roi, ce petit duc de Bordeaux, qui reviendra, je l’espère, un jour. Nous avons porté un de ces jours un toast à sa santé et à son retour. C’est Mme d’Adhémar, sa famille et M. Bories que nous avons à dîner un de ces jours. Mme d’Adhémar vous remercie bien de l’intérêt que vous lui témoignez. Je lui ai lu une partie de votre lettre. La pauvre femme vient de perdre une pension qu’elle avait sur la cassette du Roi. Mais, mon Dieu, qui ne perd pas en perdant le Roi ! Pour mon compte, je ne perds pas moins qu’une autre puisque je vous ai perdue. Mais je ne veux pas vous avoir perdue pour longtemps. Oui, j’espère que M. votre père reviendra bientôt reprendre sa place à Gaillac.

Vous me demandez ce que je fais : je fais à peu près ce que vous faites, je me promène, mais dans des prairies au lieu de grimper sur les montagnes, je soigne de petits canards nouveau-nés. Comme vous, je lis ; comme vous, j’écris. Au fait, cette vie des champs n’est pas du tout mal, surtout quand on trouve partout des vignes sur son passage. Voilà qui vous manque à Rayssac. Mais je sais que vous avez de belles pommes, de belles poires et du beau seigle. Puis, ce qui nous manque, c’est une sœur du curé avec sa bosse sur les épaules. La sœur du nôtre 2 est presque gentille.

Je ne vous parle pas de nouvelles politiques parce que je pense que vous les savez plus tôt que moi. Et puis, que vous dirai-je que l’on ne vous ait dit ? Ainsi je laisse les autres vous parler des affaires du temps, je me contente de vous parler des nôtres.

Mon frère s’est heureusement tiré de Paris sain et sauf. Il a passé dedans tout le temps mauvais, et puis il est parti. Il me charge de vous présenter ses hommages ainsi qu’à toute votre famille, et de vous remercier de la bonté que vous avez eu de demander de ses nouvelles. Il est revenu toujours bon enfant et bon Royaliste. Malheur à lui s’il en était autrement, je crois que je l’aurais pendu au premier chêne que j’aurais vu. Mais, mon Dieu, si on pendait tous ceux qui le méritent, il n’y aurait pas assez de forêts en France […].

                                                                                                                                                                                         Eugénie

1 – Ce passage est extrait de la longue lettre d’Eugénie de Guérin à Louise de Bayne, publiée dans la  Correspondance Eugénie de Guérin Louise de Bayne - Tome 1 – Pages 85 à 88.
2 – Françoise Limer, religieuse de l’Immaculée-Conception à Castres, habite à Andillac avec son frère Jean-Baptiste-René Limer, curé d’Andillac, le 13 juin 1829.

La lettre du mois – n° 20 – Août 2015

« Pour moi je suis presque folle de voir ces événements »

La révolution de juillet vient de se produire, les Bayne sont réfugiés dans leur propriété de Rayssac et Louise adresse à Eugénie sa première lettre depuis l’événement.

                                                                                                                                                            Mademoiselle Eugénie de Guérin.

                                                                                                                                              À Rayssac le 25 août. (1830) 1

    Ma chère enfant, aimons-nous, c’est la seule jouissance que nous puissions avoir maintenant. Il me semble que je rêve quand je pense à toutes les épouvantables catastrophes qui viennent de se passer ; je me demande quelquefois si par hasard je ne dormirais pas. Mais mon Dieu, je vois bien que je suis éveillée et que tout cela est bien vrai. Voilà la France devenue un enfer, il sort des diables de partout et précisément, ce sont eux qui entourent le trône dans ce moment-ci pour servir le grand diable qui se dit notre roi ! Dieu ! Ma chère, que de choses changées, renouvelées, dérangées, défaites, refaites, remplacées, agrandies, rapetissées, et tout cela, en moins de huit jours. Les verges dont M. Guyon nous parlait viennent de nous châtier bien rudement, mais surtout ce qui me brise le cœur, c’est cette malheureuse famille ! Quitter la France par le caprice de leurs sujets une seconde fois, et ne nous laissant pas l’espoir de revenir. Les Français, après la première scène de l’enfer, en avaient assez, ce me semble, et eux-mêmes avaient l’air d’en être fatigués, au moins en général ; mais on voit bien qu’ils n’ont pas la contrition parfaite. Pour moi, je suis presque folle de voir ces événements. Je ne puis en croire ni mes yeux ni mes oreilles ; toujours cette idée de rêve me poursuit. Les gens dévots et raisonnables se consolent avec la pensée de Dieu, et puis cet autre royaume qui n’est pas de ce monde : mais moi Je ne puis me consoler qu’en disant cent sottises de bien des gens que je pense vraiment. C’est ma seule consolation, car pour la première Je suis trop vive encore pour le monde pour m’en servir. Vous me direz, ma chère Eugénie, que je ne suis guère charitable, mais je vous dirai que la charité, dans cette circonstance, ne me paraît plus une vertu. Enfin, toutes les choses que je vois me rendent honteuse d’être française. À présent, je viens à vous et à Marie : comment vous portez-vous ? « M’aimez-vous ? » Est une question qu’il me tardait de vous faire, car il y a bien des jours que je ne sais si vous existez ; et de votre côté, vous pouvez penser aussi que je suis morte. Me voici à Rayssac, et il y a loin d’ici au Cayla. Charles va cette semaine à Gaillac, et vite Je lui donne une lettre, car si je ne vous l’écrivais pas, vous croiriez peut-être que j’ai changé comme la France, et Dieu sait si je suis capable de vous oublier si vite !

    Nous voici à Rayssac, en prison ; les murailles en sont peu redoutables : ce sont les montagnes derrière, devant, et encore bien noires. Mais cependant je m’y plais, jai mille petites distractions que je n’avais point à Gaillac. Depuis que je suis arrivée, j’ai mis le désordre dans tous les petits ménages des nids des environs ; il n’y a rien de si joli que les petits oiseaux, mais voyez mon malheur, ils meurent presque tous. Ensuite, une ânesse fait une partie de mes plaisirs, seulement je mimpatiente quelquefois : elle ne veut pas me donner même la jouissance d’aller au trot, et la pauvre bête a eu plus d’un coup de gaule et des milliers de pointes d’épingles ; mais c’est comme qui frappe du roc, et elle va toujours son petit bonhomme de chemin.[….]

1 – Ce texte est le début de la longue lettre de Louise de Bayne à Eugénie de Guérin, publiée dans la  Correspondance Eugénie de Guérin Louise de Bayne - Tome 1 – Pages 80 à 85.

 

 

Études publiées – Page 4

L’Amitié Guérinienne – Études publiées

Page 4 – 2001 – 2014   –  Numéros 180 à 193

À compter de l’année 2001, la parution de la revue est annuelle.

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 Numéros    Ref. Auteurs Titres des études 
2001 180 – Mai    180-1 Émilie Jouanel Le « je » dans l’œuvre poétique de Maurice de Guérin.
      180-2  Mary Summers Quelle sont les véritables raisons qui ont poussé Eugénie de Guérin à renoncer au mariage ?
      180-3  Mary Summers Réponse à l’article de Matttew Arnold sur Eugénie de Guérin donnée par la meilleure amis de Charlotte Brontë, Mary Taylor.
      180-4  Louis Albarel Eugénie de Guérin et la langue d’Oc.
2002 181 – Mai   181-1  Clémence Gély Les Guérin dans leur siècle.
      181-2  Mathilde Kang Le transfert transatlantique du Journal d’Eugénie de Guérin : Paris/Londres/New York (1855-1865).
       181-3 Louis Albarel La bibliothèque d’Eugénie de Guérin.
2003 182 – Mai   182-1  Bernard Heudré Maurice de Guérin et la Bretagne : une géographie symbolique.
      182-2  Charles Maurras La Prose et les vers : L’esprit de Maurice de Guérin.
      182-3  Abel Lefranc
Jean Jaurès
Jean Jaurès guérinien.
      182-4  Jacques Cagnieul-Montfort L’acquisition par le département du Tarn du château du Cayla.
      182-5  Henri Maynard Le cinquantenaire du Musée Maurice et Eugénie de Guérin.
      182-6  Mathilde Kang Eugénie de Guérin et Laure Conan : Texte et Génotexte.
 2004 183 – Mai   183-1  Philippe Lejeune  Le rythme du journal l’Eugénie.
      183-2  Nicolas Waquet Images du sacré et héritage antique.
Dans les poésies de Maurice de Guérin et Friedrich Hölderlin.
      183-3  Louis Albarel Le charme des lettres d’Eugénie de Giérin à Louise de Bayne.
 2005 184 – Mai   184-1  Laetitia Escot  La correspondance de Maurice de Guérin : un espace poétique.
      184-2  Nicolas Waquet Le sacre de la vie.
2006 185 – Mai    185-1 Jean-François Bon Le bicentenaire d’Eugénie de Guérin.
185-2 Philippe Berthier Jules et Eugénie : Le labyrinthe de la fraternité.
185-3 Philippe Berthier Jules et Maurice : Un de amicitia romantique.
185-4 Paul de Saint-Palais Discours lors de sa réception à l’Académie des Arts, Lettres et Sciences de Languedoc.
185-5 Louis Albarel Entretiens de «cœur à cœur».
185-6 Nicolas Waquet Un feu du ciel entre deux mondes.
  N° spécial       Colloque du bicentenaire de la naissance d’Eugénie de Guérin.
HS1-1 Jean-François Bon Le bicentenaire d’Eugénie de Guérin – Synthèse du colloque.
HS1-2 Brigitte Benneteu La Cayla : une maison d’écrivain pour Eugénie.
HS1-3 Mary Summers Pourquoi deux correspondances parallèles : l’une secrète, l’autre ouverte à tous ?
HS1-4 Marie-Catherine Huet-Brichard L’impossible deuil.
HS1-5 Bernard Heudré La spiritualité d’Eugénie de Guérin : Une marche vers la beauté.
HS1-6 Alain Soriano La fonction cathartique du Journal d’Eugénie de Guérin.
HS1-7 Marilyn Himmesoëte Influence du rôle du Journal d’Eugénie de Guérin sur les diaristes ordinaires du XIXe siècle.
HS1-8 James Vest Eugénie de Guérin et l’exotisme : «Faut-il vous savoir sous le ciel brûlant des Tropiques ?».
HS1-9 Françoise Simonet-Tenant La poétique du Journal d’Eugénie de Guérin.
HS1-10 Philippe Berthier Jules et Eugénie : le labyrinthe de la fraternité.
HS1-11 Didier Pacaud Souvenirs d’un voyage en Bretagne «Sur les pas de Maurice de Guérin».
HS1-12 Visite des «demeures» fréquentées par Eugénie .
À compter du numéro 186, cliquez sur le numéro de la revue pour afficher le sommaire complet du numéro.
2007 186 – Avril    186-1 Nicolas Waquet Danse de l’Indicible.
      186-2  Arnauld du Moulin de Labarthète. Eugénie de Guérin à Saint-Roch.
      186-3  Claire Malroux Âmes amoureuses : autour d’Eugénie de Guérin et d’Émily Dickinson.
      186-4  Louis Estève De Gaillac au Cayla.
 2008 187 – Mai   187-1  David Cocksey  « Somegod et Sardanapale ».
      187-2    Une œuvre inédite de l’abbé Barthés : Témoignage posthume d’Eugénie de Guérin sur Émilie de Vialar.
      187-3  A. Lexandre Un pélerinage au Cayla.
 2009 188 – Mai   188-1   Dominique Millet-Gérard  L’écriture de la méditation dans le Journal d’Eugénie de Guérin : « Les bouquets de mon désert ».
      188-2  André-J. Boussac Érembert, l’inconnu du Cayla.
      188-3  Pierre Guigues Une sœur spirituelle d’Eugénie de Guérin : Coraly de Gaïx.
2010 189 – Juin   189-1  Jean-Paul Clément Maurice de Guérin et Chateaubriand.
      189-2  Gérard Soulié Les Cossigny à Gaillac et à l’île Maurice.
      189-3  Jean Mistler Au Cayla chez Eugénie et Maurice de Guérin .
(Déjà publié dans le n° 98 – Été 1980) 
2011 190 – Juin   190-1    Colloque du bicentenaire de la naissance de Maurice de Guérin.
      190-2  Marie-Catherine Huet-Brichard En guise d’introduction.
      190-3  Philippe Berthier D’une «province de l’âme» : Lettres de Bretagne.
       190-4  Bernard Heudré L’adieu à la Bretagne : Un poème inédit de Maurice de Guérin.
      190-5  Marie- Catherine Huet-Brichard Géographie de la mélancolie.
      190-6  Alain Soriano Le Cahier vert ou l’image du double.
      190-7  Patrick Labarthe Maurice de Guérin, une langue pour parler des Époques Nues.
      190-8   Brigitte Buffard-Moret  Maurice de Guérin en quelques vers.
      190-9  Luc Bonenfant La parole romanesque du poème en prose romantique : ou quand «Longueur» ne rime pas avec «Long».
      19010  Carla van den Bergh La réception du centaure par les contemporains : Une prose poétique philosophique ?
       190-11 Christophe Imbert Mauride de Guérin, une figure tutélaire du renouveau méridional.
      190-12  Dominique Millet-Gérard Le centaure et ses masques : étude de trois traductions (anglais, allemand, grec).
      190-13  Laetitia Escot Maurice de Guérin face aux représentations picturales de son siècle : vers la prose du monde.
      190-14  Brigitte Benneteu Maurice de Guérin et le problème de l’illustration du texte littéraire.
      190-15  Jean-Luc Steinmetz Maurice de Guérin, Hölderlin réfléchissements.
2012 191 – Octobre       Centenaire des fêtes d’Andillac et du Cayla en l’honneur d’Eugénie et Maurice de Guérin.
(Consulter le sommaire et des annexes du numéro)
       191-1 Alain Soriano Conférence : Centenaire de la célébration du 18 juillet 1912.
2013 192 – Octobre   192-1  Jocelyne Deschaux
M. C. Huet-Brichard
Une lettre inédite de Maurice de Guérin : Lettre à Charles Lefebvre de Bécour, du 15 octobre 1831.
      192-2  Delphine Saget Le paysage dans l’œuvre de Maurice de Guérin.
      192-3  Bernard Heudré Maurice de Guérin à travers les Esquisses bretonnes.
      192-4  A. Dagnet Pages oubliées (Esquisses bretonnes).
      192-5  Hippolyte de la Morvonnais Esquisses bretonnes.
      192-6  M. C. Huet-Brichard Variations sur les bacchantes.
2014 193 Octobre    193-1 Philippe Berthier Barbey d’Aurevilly, Trebutien, les Guérin et le livre à venir.
      193-2  Dominique Millet-Gérard Une simple vie de femme :Eugénie de Guérin et l’écriture.
      193-3  Jean-Claude Delauney Trebutien «en plein chagrin» : Deux manuscrits guériniens.
      193-4  Henry Jammes Le Journal d’Eugénie de Guérin.
      193-5  Françoise Simonet-Tenant Écritures plurielles intimes.